Ivan Argote


« Altruism » 2011

Né en 1983 à Bogota, Colombie.
Vit et travaille à Paris, France

Formation.

2008
– MFA, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris – ENSBA, Paris

2005
– Specialization in new medias, Cinema and TV School, National University, Bogota
– Specialization in photography, Graphic Design School, Universidad Nacional de Colombia, Bogota

2004
– Graphic design, Universidad Nacional de Colombia, Bogotá

« Je m’intéresse à analyser par des méthodes expérimentales la façon dont l’histoire, la politique et les charges idéologiques sculptent nos subjectivités, nos façons de penser mais aussi de ressentir. Ayant grandi dans une famille impliquée politiquement, je ne peux pas m’empêcher de regarder le monde avec ce filtre, de voir les relations de pouvoir, de domination et d’autorité autour de nous. Dans cette logique, mes travaux ont cette charge là. Je ne considère pas mon travail comme de la militance, plus comme une négociation constante avec ces forces qui conditionnent notre existence passagère ».

Yvann Argote The Steidz, Septembre 2017

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Azorro


« Everything Has Been Done » 2003

Oskar Dawicki (b. 1971), Igor Krenz (b. 1959), Wojciech Niedzielko (b. 1959) and Lukasz Skapski (b. 1958) formed the Azorro group in 2001.

Azorro is not a typical artistic formation. It is – to use musical terminology – a super-group, comprised of artists previously known from their individual activities. As Azorro, they primarily realize video films in which they – not without irony – touch upon such delicate questions as the evaluation of contemporary art, the condition of exhibiting institutions and the position of the artist in both the artistic and social hierarchies.

They are perspicacious, aim at undermining the current norms and tend to think subversively, critically – annoyingly ‘against’. Their wining card is, however, their sense of humour and good acting – as in their first film ‘We Like It A Lot’, in which they visit famous exhibiting halls in Warsaw and, after leaving each of them, they praise what they have just seen in the same way, with the same sentence, over and over, ceaselessly.

Another important topic touched upon by Azorro is language and its (lack of) clarity. The particular expression of the artists’ longing for the world in which nothing is lost in translation, is the film ‘Pyxis Systematis Domestici Quod Dicitur’ – a history of the artists’ trip from Cracow to Vienna conceived in the convention of road movie, during which they speak to themselves and the people they meet only in Latin.

Raster Gallery Varsovie

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Fayçal Baghriche

« La Nuit du Doute » 2016

Né en 1972 à Skidda en Algérie. Vit et Travaille à Paris.
Formation
Villa Arson à Nice.

« L’art de Fayçal Baghriche ressemble à ces frêles battements d’ailes de papillon, capables de déclencher des cataclysmes climatiques majeurs. Avec une apparence de désinvolture, armé des moyens les plus précaires, il s’attaque aux plus graves questions politiques et morales. Ses vidéos, dont l’ascèse visuelle et technique rappelle l’art des pionniers du cinéma burlesque, mettent en scène l’artiste en sauvageon de banlieue ou en chômeur déclamant sa tirade dans une rame de métro. »

Didier Ottinger

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George Barber


« Shouting Match » 2004

Né en 1958 à Georgetown, Guyana

Vit et travaille à Londres, UK
Formation.
1977-1980 St. Martin’s School of Art. BA in Sculpture ‘A’ (conceptual department) with distinction in Cultural Studies.
1982-1984 The Slade, University College London. MA in Experimental Department.

George Barber est un vidéaste expérimental qui a favorisé l’émergence du mouvement Scratch Video en Angleterre dans les années 80. Scratch Video a utilisé la technique de montage du moment pour produire des échantillonnages à partir de films et d’émissions télévisées grand public, en leur donnant de nouveaux rythmes et schémas à travers le collage.

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Philippe Bazin.


« Dufftown 9 » 2002

Né à Nantes, France, en 1954
Vit et travaille à Paris, France

Formation.

Docteur en médecine, 1983
Médecin généraliste, 1983-1986
Ecole Nationale de la Photographie, Arles, 1986-1989
Diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Photographie, Arles 1989

« Depuis plus de vingt ans, Philippe Bazin photographie le visage d’individus pris dans un contexte institutionnel (l’hôpital, l’hospice, l’école, la prison…). L’ensemble de ce vaste projet artistique sur les visages de nos contemporains interroge la présence de l’homme au sein des institutions qui encadrent notre vie de la naissance à la mort, tel que Michel Foucault a pu en parler dans son œuvre, mais pose aussi la question de la singularité. Il s’agit, par la photographie, de redonner visage à des personnes qui, absentes de notre regard, ont souvent disparu d’une visibilité collective.

Chaque visage est montré comme l’affirmation d’une présence au monde, faite d’une chair et d’un regard avec lesquels nous devons compter.
Les photographies de Philippe Bazin évitent tout psychologisme, tout pathos, et ne cherchent pas à dévoiler une prétendue intériorité ; elles ne sont pas non plus d’ordre social mais tentent de faire le vide de toute présence extérieure à l’être lui-même. On peut considérer que Bazin établit une sorte de mémoire collective tirée parfois des franges de notre société. »
Texte de publication de : La radicalisation du monde
PHILIPPE BAZIN / GEORGES DIDI-HUBERMAN / CHRISTIANE VOLLAIRE

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Feiko Beckers


« Why I don’t own a sofa » 2016

Né en 1983 à Witmarsum (NL). Vit et travaille à Bruxelles, Belgique.

Formation
Diplômé de l’Académie des beaux-arts Minerva de Groningen (2006), Feiko Beckers étudie également au California College of the Arts de San Francisco (2005). De 2011 à 2012, il est résident à la Rijksakademie.
« Dans ses œuvres vidéos et ses performances, Feiko Beckers déploie un langage de l’absurde qui maintient le spectateur dans une hésitation entre sarcasme et humour. Ainsi il se met en scène en s’inspirant de son quotidien dans des performances où l’échec et l’inachèvement sont des sujets récurrents, significatifs de notre condition humaine.
Faisant état d’une véritable maîtrise de l’espace scénographie et des systèmes narratifs, ses performances se déroulent telles des intrigues toujours interrompues inopinément, modifiant ainsi toute relation à la temporalité. »
Palais de Tokyo , France.

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Bertran Berrenger


« Oiseau Qui Glisse » 2007
Fabrice Bertran et Jean-Paul Berrenger vivent et travaillent à Rouen, France.

Le duo, fondé en 1985 à Rouen par Fabrice Bertran et Jean-Paul Berrenger, développe un travail artistique aux formes multiples : installations sonores, photographie, graphisme, sculpture, réalisations de vidéos ou re-constitutions fictionnelles.
La caméra et le son ont souvent un rôle central dans leurs films qui présentent des corps mis dans des situations singulières, n’utilisant que quelques unes de leurs facultés motrices et sonores. Les corps et les objets ainsi filmés sont en proie à des mouvements ou des répétitions mécaniques, parfois absurdes et contrariés.

ll pleut sur la mer et ça nous ressemble
Galerie la Passerelle

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Pauline Brun


« Etalon Par Defaut » 2017

Née en 1984 à Roubaix (Nord-Pas-de-Calais, France)
Vit et travaille à Paris (Ile-de-France, France)

Formation :
Villa Arson / ENSBA, NICE / PARIS (2006 – 2012)
Pauline Brun commence sa formation en danse classique et contemporaine au Conservatoire Régional de Nice avant d’entrer à l’École Supérieure d’Arts Plastiques, la Villa Arson, puis à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris où elle développe un travail de sculpture, installation et vidéo.
« … Le White cube et la boite noire caractérisent une neutralité et une mise à distance du réel. Ces espaces m’intéressent pour, au contraire, jouer de leurs spécificités et de leurs propres règles en tant qu’espace de jeu ou espace d’exposition. Ils n’apparaissent pas comme simple cadre dans lequel s’installent les formes plastiques et performatives mais participent à la construction des propositions.

Le corps, considéré comme un élément plastique, joue du processus de fabrication. Jamais conquérant, il s’expose souvent malgré lui et empreinte les espaces traversés. »

Pauline BRUN

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Laure Catugier



« Room m2 » 2015

Née en 1982 à Toulouse, France. Vit et travaille à Berlin, Allemagne

2007 MA of Art and Design, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Toulouse, France
2005 BA of Art and Design with honors, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Toulouse, France
2004 BA of Architecture, École Nationale Supérieure d´Architecture de Toulouse, France

Mettre à l´épreuve le corps /
dans l´espace qu´il occupe
dans l´espace qui l´occupe

« Venant de l´architecture, mon travail est basé sur ses codes que je détourne pour poser un nouveau regard sur les normes de mesure.
Ma pratique est principalement photographique, vidéo, sculpturale et de performance sonore, dans laquelle j´ expérimente la géométrie dans l´espace.
Échos d´un espace, ombres sur une façade, mélodies produites par des éléments de construction: les formes qui en résultent donnent corps à l´immatériel. »

Laure Catugier.

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François-Xavier Courrèges


« Another Paradise » 2005

Né en 1974 à Paris
Vit et Travaille à Paris.

François-Xavier Courrèges est un vidéaste dont l’œuvre est entièrement traversée par le thème du sentiment amoureux et ses états afférents.

Poétique et plastique, il construit une ligne cohérente et commune à toutes ses pièces.

L’artiste met en scène les différents états que produit l’amour, comme une parabole signifiante, fragile dans son extrême simplicité, puissante dans l’émotion provoquée par ces petites narrations douces-amères qui sont autant de fictions pour dire le cheminement du cycle amoureux ; la désillusion est, chaque fois, dans la chute.

Des références au cinéma à la référence amoureuse universelle, ces pièces de François-Xavier Courrèges frappent, de plein fouet, notre état d’âme.

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Julien Creuzet


« En Suspens (…) » 2014

Né en 1986 au Blanc Mesnil (France), vit et travaille à Montreuil (France)

Formation.

2012/2013 Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains
2011/2012 Post-diplôme ENSBA Lyon
2010/2011 DNSEP, avec les félicitations du jury, Esam, Caen

Ricochets, les galets que nous sommes finiront par couler (Épilogue), 2017

Dans la lignée de la pensée archipélique d’Edouard Glissant, la réappropriation collective et subjective d’un récit historique antillais, l’affranchissement de catégories culturelles statiques, ainsi que la fabrication d’un circuit poétique équivoque et aux centres de gravité multiples, sont autant de processus à l’œuvre dans le travail de Julien Creuzet. Pour la Biennale de Lyon, l’artiste crée une œuvre à la fois poétique et politique. Équipé des outils technologiques et sociaux de notre époque, il crée une pièce volontairement hétéroclite : un collage visuel et sonore de commentaires énoncés à la première personne, de références à une histoire commune, et de signes issus de la culture populaire. « Au sol, un chemin de traverse pour approcher les multiples formes. Une bâche de bateau semble flotter, suspendue, cristallisée par le chromage, de l’électrolyse. Une aile d’avion supporte un bouquet de fleurs du paradis… » Le titre donné à son œuvre par Julien Creuzet n’est qu’un résumé : le poème qui l’accompagne en est le véritable intitulé.

En suspens (…), 2014

Dans la lignée de la pensée archipélique d’Edouard Glissant, l’artiste français Julien Creuzet retranscrit la beauté fugace d’un instant de vie à travers son œuvre vidéo En suspens (…). L’expression d’un sentiment éphémère, mais intense, enrichi d’un poème qui reprend la forme courte du haïku, forme très concise de poème japonais.

La Biennale de Lyon 2017

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Oskar Dawicki


« Tree of Knowledge » 2008

1971 born in Warsaw

1991-1996 studied at the Plastic Arts Department of the Nicolaus Copernicus University in Toruń

2000 co-founder and member of the Azorro group

Lives in Warsaw.

Oskar Dawicki was educated as a painter, but already during his studies he became interested in performance art, which he remained faithful to during the following years. In 2000, he broadened his scope of interest onto video works, photography, documentation and, finally, objects and installations. All of his works have a post-conceptual character and emanate a slightly grotesque, ironic and even absurd aura. Dawicki joins in his works a romantically-tragic component (highly saturated with his own existential dilemmas) with poetics and the critical dimension of conceptual art. The self-reflection over his own institutional status as a contemporary artist is tightly interwoven with reflection on his own identity, or rather on its transitoriness, conventionality, airiness and weakness. Discomfort, disagreement, complication – these are the terms on which this artist’s imagination is founded, while the non-productivity of art seems to Dawicki to be its most promising aspect.

Raster Gallery Varsovie

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Marcel Dinahet


« Helpe » 2012

né en 1943
vit et travaille à Rennes, France

Il « y a très souvent, au premier coup d’œil, une difficulté liminaire à « apprécier » l’œuvre de Marcel Dinahet. Apprécier au sens du jugement de goût mais aussi dans l’évaluation ou la distanciation discursive et analytique d’une forme. En effet, les images que crée Marcel Dinahet avec sa caméra vidéo semblent buter, voire pénétrer par empathie des matérialités brutes organiques, minérales, végétales, aquatiques, industrielles – roche, acier, glace, visage, algue, sable, torse, navire… – qui ne racontent rien d’autre que leurs manifestations, mouvements, formations, changements, aussi infimes soient-ils.

De fait, les images vidéo se manifestent au spectateur dans une frontalité radicale, presque insolente, du percept des matières. S’effondre alors toute la construction d’un regard attaché aux qualités formelles, séductrices et absorptives d’une installation ou à l’objet d’art en tant que composition narrative.

Il y a aussi cette temporalité contrariante des films. Un temps filmique pourtant court – généralement entre trois et dix-huit minutes – mais qui, une fois expérimenté en projection, semble long car étiré par l’immobilisation relative de l’objectif vidéo au sein d’un environnement, ou parce que contracté dans un mouvement répétitif. En effet, il arrive très souvent que la caméra soit maintenue par l’artiste en un point d’espace pour enregistrer un flux permanent d’objets divers (cargo, varech, voiture, givre…) ou alors qu’elle soit secouée par les soubresauts, tournoiements ou ballottements continus d’un corps lui-même porté par la matière.

Le son est un autre élément d’irritabilité perceptive. Il n’est jamais arrangé, sortant brut d’une captation de crissements de glace, de souffles, d’allées et venues incessantes d’automobiles sur un pont, de sonorités sourdes ou métalliques enregistrées sous l’eau. Un silence se manifeste aussi, parfois enveloppant, quelquefois tendu et pesant.

De fait, la matérialité puissante et omniprésente confère aux images produites par Marcel Dinahet une rudesse et une âpreté inhabituelles. Ce qui ne veut pas dire que cette matérialité range l’artiste dans une catégorie de l’art brut traversée par l’expressivité d’un pathos subjectif. Disons plutôt que la matérialité frontale à l’œuvre chez Dinahet est au fondement d’une recherche artistique intransigeante et complexe : la collision entre l’acte de sculpture et la fabrique de l’image vidéo.

Larys Frogier
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Nicolas Durand


« Motion Sculpture » 2010
Né en 1979.
Il vit et travaille à Lille, France.
Formation.

Il développe son intérêt pour la sculpture tout au long de sa formation artistique. Après un DNSEP à l’ERBA de Rennes, il poursuit ses études à l’Université de Lille où il obtient un Master1 en Arts Plastiques, puis s’oriente vers un CAP Constructeur en béton armé à l’AFPA de Cergy.
«En 1999, à l’issue de plusieurs années de graffiti, commence sans aucunes références mon parcours dans les arts plastiques.

Si aujourd’hui la problématique générale de ma démarche consiste à redéfinir la sculpture dans le champ de la création actuelle, cela n’a pas toujours été le cas.
Plusieurs étapes ont été traversées, à chacune d’entre elles correspond un ensemble de questions et de choix auxquels j’ai dû faire face. Les deux avancées importantes dans mon travail ont consisté à choisir dans un premier temps la sculpture comme discipline, et finalement le sculptural comme potentiel[…]
A travers la sculpture je trouvais un cadre de travail, une base sur laquelle construire une démarche. La position moderniste sur la spécificité des pratiques artistiques confortait mon engagement dans un médium sans pouvoir cependant m’y tenir dans les actes. Mon intérêt pour l’espace architectural ressortit dans une série de travaux (volume, peinture et dessin) sollicitant la mémoire dans la perception des formes à la façon de certaines oeuvres conceptuelles. Je rencontrais les problématiques liées à la maquette, à l’échelle, aux rapports physiques entre le spectateur et l’oeuvre, la taille adéquate, la monumentalité. La sculpture pouvant être un concept toutes les dimensions s’averaient possible de l’infiniment petit à l’infiniment grand[…]
Après avoir utilisé des objets et des matériaux manufacturés (parpaings, carreaux de plâtre, carrelage) comme matière première, je tends aujourd’hui à fabriquer les formes dont j’ai besoin, cela afin d’être libre face à la forme et au sens qui en découle.»

Nicolas Durand. Dans Paris-Art.com

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Eric Duyckaerts


« Le Cartographe » 2011

Né à Liège en 1953, Belgique.

Son travail articule avec humour les arts plastiques et des savoirs exogènes, tels que les sciences, le droit, la logique mathématique, etc. La vidéo et la conférence-performance lui servent très souvent de médium, mais pas uniquement.

« Eric Duyckaerts élabore, depuis les milieu des années 1980, une œuvre où se mêlent des performances et des vidéos … Depuis Magister, en 1989, où se développait en plusieurs épisodes et dans des décors incongrus une réflexion sur les liens entre courants artistiques et savoirs plus traditionnels comme le droit, les mathématiques, l’histoire des techniques, l’anthropologie et la littérature, l’artiste procède à des démonstrations aux conclusions farfelues et illogiques, étayées de références pléthoriques et de recherches apparemment minutieuses. Il s’intéresse ainsi plus à décortiquer la figure du professeur et sa symbolique du pouvoir qu’à la finalité de sa démonstration.

Ainsi, en 1993, dans la main à deux pouces, » … il « démontrait l’existence d’un deuxième pouce chez l’homme pré-homo sapiens, dont la subsistance aurait assuré une plus grande virtuosité aux peintres si l’évolution n’avait mené à sa disparition. Il utilisait des schémas compliqués tracés d’une main sûre, un ton docte à tendance logorrhéique, une chemise et un style capillaire estampillés « chercheur ».

A Venise, l’œuvre qu’il créée spécialement pour le pavillon belge s’inscrit dans cette réflexion sur la nature labyrinthique du savoir, tout en renouvelant son approche performative et plastique. » dans laquelle « il s’agit d’une double imposture, d’abord celle de l’intellectuel singé par l’artiste, et ensuite celle de l’artiste lui-même, dont la posture s’articule inextricablement avec celle de l’imposture. »

PALAIS DES GLACES ET DE LA DECOUVERTE
Christine Macel
Commissaire du pavillon belge 2007

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Romain Gandolphe


« La Poursuite » 2015

né en 1989
vit et travaille à La Ratayrié, France
artiste-chercheur au sein de l’unité Post-Performance Future, dirigée par Marie de Brugerolle à l’Ensba Lyon

Formation.

2011-2016
École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon
DNSEP – félicitations du jury, 2016
DNAP – félicitations du jury, 2014
Faculty of Fine Arts, Concordia University, Montréal (CA)
2008-2011
Maths Sup/Maths Spé

Après trois ans d’études scientifiques, Romain Gandolphe, 27 ans, abandonne tout pour suivre sa passion : l’art contemporain. Il se forme à l’ENSBA (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts) de Lyon où il poursuit aujourd’hui un cursus en recherche. Il partage avec nous son goût pour la performance et l’art conceptuel.
La parole, le mot, le langage, le vécu, tel est l’univers artistique de Romain. Ses œuvres ne sont pas visibles dans un musée, puisqu’il s’expose lui-même comme vecteur de l’art à travers ses performances : « je m’inspire de ce que je vois et de ce que je vis. Parfois je crée moi-même une expérience, parfois un événement anodin est le point de départ d’une de mes œuvres. Ce goût pour la performance m’est venu après un examen où j’ai décidé de ne pas présenter d’œuvre, mais de la raconter de manière suffisamment détaillée pour que le jury puisse l’imaginer. Et ça a marché ! »

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Claire Glorieux


« La La La La » 2007

Née en 1983
Vit et travaille à Paris
Artiste plasticienne diplômée de l’école Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris et du Fresnoy, Claire Glorieux travaille principalement la vidéo, s’intéressant particulièrement au langage. L’autisme, le langage sifflé ou non verbal, sont autant de sujets qui l’ont poussée à créer des vidéos, des livres, des installations.

« Les œuvres de Claire Glorieux peuvent être appréhendées comme autant de déplacements jouant sur différents registres mentaux et physiques. Ces mouvements, qu’il faut définir dans leur spécificité respective, elle les réalise avec l’aide de personnes ayant des fonctionnements et des activités en marge des normes sociales établies. »

En 2011, Claire Glorieux s’est rendue à la Gomera. Sur cette île des Canaries, certains habitants utilisent un langage sifflé appelé « El Silbo » (le sifflement), pour communiquer entre les vallées. L’artiste est allée rencontrer des personnes de cette collectivité pratiquant ce sifflement singulier, afin de comprendre ses spécificités par l’intermédiaire de son apprentissage ; l’analyse de la construction des langages ayant une part importante dans la démarche de Glorieux. Cette expérience linguistique est relatée dans la vidéoQuiero hablar con los que estan lejos (2011), nous présentant un langage dont la finesse de ses modulations permet de s’exprimer dans une langue à la syntaxe complexe. L’un des protagonistes explique qu’il l’utilise pour dialoguer à distance, car il n’a toujours pas de connexion téléphonique. Cependant, malgré l’efficacité de ce moyen de communication archaïque, que le documentaire démontre, l’artiste souligne, au travers de moments pédagogiques, l’importance de pérenniser sa propre transmission, au risque qu’il disparaisse au profit de nouvelles technologies. Étant pratiqué par une minorité d’individus, il est mis en péril par des systèmes de communication et d’information rayonnant sur des réseaux à plus grande échelle et engendrant des apports financiers. Afin d’évoquer cette problématique, avec une certaine ironie, une personne effectue à un tiers, par sifflement, la lecture d’un journal dans lequel on annonce la colère de la municipalité de Valle Gran Rey n’ayant plus de couverture téléphonique, depuis plusieurs jours. Le dysfonctionnement d’un émetteur maintient dans l’isolement la zone basse de la localité, ce qui affecte son économie. Dans Quiero hablar con los que estan lejos, comme régulièrement dans son travail, Claire Glorieux met au centre de ses préoccupations des modes de vie minoritaires. Ces renversements de positions créent des passages qui nous permettent d’accéder à différents microcosmes constellant notre entourage et dont la richesse nous échappe. En se focalisant sur eux, l’artiste élabore des formes de décodage et de traduction qui révèlent la coexistence de ces univers ; nous faisant prendre conscience de leur importance au sein de la construction et de la transformation de notre propre environnement, sur un plan social et individuel.

Steve Paterson, critique d’art et commissaire d’exposition.
Permutations et autres déplacements insolites (extrait)

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Evelyne Koeppel

« Cold Blood » 2001

Née en 1969, FRANCE
artiste multimédia, vidéaste, photographe, plasticienne
Evelyne Koeppel vit et travaille en France et en Californie.

Formation.
Elle a fait ses études aux Beaux-arts de Saint-Etienne où elle a obtenu le DNSEP en 1994.

« Ses vidéos et installations s’articulent autour de la notion de temps, de vieillissement, de désagrégation, de déliquescence. Il s’agit de montrer la transformation, le passage d’un état à un autre. Passage aussi, d’une sensation d’oppression pour « Souffler n’est pas jouer » et « Cold blood » à une sensation d’euphorie pour « Nombrilistic ».

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Igor Krenz


« Light Turns Off The Light » 1994
Igor Krenz (born 1959)
Igor Krenz is a Polish video artist.

Since the beginning of the 1990s, he has been creating minimalistic works, saturated with irony and a specific, absurd sense of humor. Krenz’s videos stand out for a tight connection of image and sound.

The titles of his works is a thesis later proved by the contents of the film. In the years 2001 – 2010, he was a member of the art group Azorro.

Muzeum sztuki nowoczesnej w warszawie

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Nikolaj Bendix Skyum Larsen


« Pacemaker » 2002

Né en 1971 à Aalborg au Danemark artiste plasticien est issu de la Slade Shool of Fine Art et du Chelsea College of Art and Design de Londres.

Il vit et travaille à Londres (Royaume – Uni).

Basé sur des idées simples et des interventions subtiles, le travail de Larsen est une recherche de moments, ou de conditions, au cours desquels ce qui nous entoure se transforme en poésie visuelle. Par une légère manipulation, ou bien en déviant le sens ou la fonction principale des éléments vers quelque chose d’esthétique, Larsen rappelle au visiteur que ce que nous croyons acquis, ou ce qui en premier lieu paraît logique, n’est pas toujours si simple.

Multipliant les médias, Larsen utilise tous les matériaux qui l’entourent, se servant aussi bien des néons, des fils barbelés, de photographies, de vidéos ou de dessins pour retranscrire ses idées.

Centre National des Arts Plastiques

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Valérie Mréjen

« Huguette » 1999

Née en 1969 à Paris. Vit et travaille à Paris.

Formation
Sept.2010–janv2011 Résidence à la Villa Kujoyama, Kyoto / Tokyo Wonder Site, Tokyo

Oct. 2002 – mars 2003 Résidence à la Villa Médicis, Rome

1989 – 1994
Ecole Nationale d’Arts de Cergy-Pontoise
DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique)

Plasticienne, photographe, écrivain, Valérie Mréjen multiplie les moyens d’expression pour mieux explorer les possibilités du langage. Ses vidéos sont souvent inspirées de souvenirs, d’événements quotidiens, de détails cruels et burlesques de l’existence, de lieux communs, de malentendus… Elle y mélange divers types de récits rapportés ou vécus qu’elle réécrit et réarrange, avant de les mettre en scène.

Galerie Anne-Sarah Benichou

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Brett Murray

« Triumph » 2015

Né en 1961 à Pretoria, South Africa.
Brett Murray studied at the University of Cape Town, where he was awarded his Masters of Fine Arts degree in 1988 with distinction.

« Works and ideas that divide and challenge are interesting to me. I am drawn to this thin edge of the wedge, but not exclusively.
In reflecting on what is unfolding, I hope to articulate a very personal understanding and an idiosyncratic psychological sense of place, and begin to describe who I am with this anomalous vision. Paradoxically, through this critique and comic exposure, I actually begin to define a preferred ideal in which I would like to live.
I think we live in interesting times, where conversations are becoming more and more polarised and the rights and the wrongs of your political positions are becoming more difficult to define, and there’s a big grey area in the middle. Often what an artist can do is prick holes in that divide and I think some of my work does sometimes do that – and it’s potentially uncomfortable.
I continue to feel the urge to expose the absurdities of the powerful through satire. Through my work I hope to explore my jaundiced love/hate relationship with South Africa’s unfolding democracy.
Inevitably, it seems, current works are darker in tone and often register closer to tragedy than comedy. »

« Les processus et les idées qui divisent et remettent en cause m’intéressent. Je suis attiré par le bord du précipice, mais pas uniquement par ca.

En réfléchissant a ce qui est entrain de se passer, j’espère articuler une compréhension personnelle, un effet idiosyncratique et commencer à exposer qui je suis avec cette vision anormale. Paradoxalement, à travers cette critique et de l’humour, je commence a définir un idéal dans lequel j’aimerais vivre.

Je pense que nous vivons une époque intéressante, dans laquelle les conversations deviennent de plus en plus polarisées, le bien ou le mal de nos positions politiques devient plus difficile à cerner, et il y a une grosse zone grise au milieu. Souvent un artiste peut percer des trous dans cette séparation et je pense que certains de mes travaux le font parfois, et cela peut potentiellement mettre mal a l’aise.

Je ressens le besoin de révéler les absurdités des puissants a travers la satire. A travers mon travail j’espère explorer ma relation amère amour/haine a l’égard de la démocratie Sud-Africaine.

Inévitablement, il semble que mes travaux actuels sont plus sombres et s’approchent plus de la tragédie que de la comédie »

From Everard-Read gallery

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Christian Nicosia


« Expir » 2002

« Artiste vidéaste vivant à Marseille, Christian Nicosia est adepte des mises en scènes courtes et intenses. Les actions dont il est souvent l’acteur-performeur, sont d’une grande simplicité (unité d’action, de temps et de lieu) et décrivent un état, une situation qui tiennent d’emblé du loufoque, de l’absurde et du tragique. Le corps de l’homme nu, tombant d’un tabouret comme un sac mou au rythme de ses inspirations / expirations ; une chaise tressautant sous l’agression des rebonds d’un ballon de basket qui l’a prise pour cible…Autant nde situations dans lesquelles le corps (de l’individu, de l’animal, de l’objet) est mis à mal mais aussi reconsidéré dans ses fonctions élémentaires.

Performances ? Pas tout à fait. L’action est visiblement construite pour être retraitée au montage et c’est la mise en boucle de la répétition qui provoque le rire ou l’inquiétude ».

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Joao Penalva


« 336 PEK » 1999

Né en 1949 à Lisbonne, Portugal
Vit et Travaille à Londres, UK
Formation.

1976-1981 BFA and MFA, Chelsea School of Art, London, UK

João Penalva is a Portuguese artist who has been living in the UK since studying at Chelsea School of Art in the late 1970s and early 1980s. Making art is his second career – in his first he was a dancer, working with Pina Bausch and Gerhard Bohner.

His work betrays this history – it is primarily about storytelling through the partnership of images and elaborate often beguiling narratives.

Penalva is known for making large-scale installations in various media, as well as more intimate works with video and slide projections, sound, drawing, painting and found materials.

Through these media he addresses narrative modes and the relationships between images, text, language and sound. His storytelling is often fractured, presenting juxtaposed narrative elements, allowing the viewer a latitude of freedom in their interpretation.

Simon Lee Gallery London

João Penalva est un artiste portuguais résidant au Royaume-Uni depuis ses études à la Chelsea School of Art à la fin des années 1970 et au début des années 1980. La création artistique est sa seconde carrière, il fut auparavant danseur ; travaillant avec Pina Bausch et Gerhard Bohner.

Son œuvre trahit cette histoire – il s’agit en effet essentiellement d’un travail élaboré en associant des images pour créer une narration séduisante.

Penalva est reconnu pour ses installations à grande échelle utilisant différents médias, ainsi que ses œuvres plus intimes avec des projections de vidéos et de diapositives, du son, du dessin, de la peinture et des matériaux trouvés.

À travers ces médias, il aborde différents modes narratifs et les relations entre les images, le texte, le langage et le son. Sa narration souvent fracturée, présente des éléments narratifs juxtaposés, offrant aux spectateurs une grande liberté dans leurs interprétations.

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Delphine Reist


« Averse » 2007

Née en 1970 à Sion Suisse. Vit et travaille à Genève.

« Habitée par la réalité économique et sociologique du monde, une partie de l’œuvre de Delphine Reist s’attache à mettre en scène des objets de tous types en leur insufflant ce que le spectateur prend immédiatement pour de la vie. A travers des mécanismes plus ou moins élaborés, elle programme l’activation d’objets. Ainsi des caddies ou des fauteuils de bureaux discrètement motorisés tournent sur eux-mêmes (Caddies, 2003; Sans titre, 2006), des voitures à l’arrêt démarrent et font vrombir leur moteur par intermittence (Parking, 2003), des néons éclairés tombent un à un jusqu’à l’obscurité (Averse, 2007). Pourvus d’une capacité à se mouvoir ou à s’activer de façon autonome, ces objets deviennent inquiétants malgré leur banalité. Leur simple prétention à l’autonomie renverse le rapport traditionnel de l’homme à ses machines. »

Institut d’Art Contemporain Villeurbanne/Rhône Alpes

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ROHWAJEONG


« Das Leben Der Anderen » 2009
Rohwajeong, formé par Yun-hee Noh (Séoul, 1981) et Hyeon-seok Jeong (Séoul, 1981), est un duo d’artistes visuels de Séoul, Corée du Sud.

Plus qu’un duo, c’est un être unique et indissociable. Ils travaillent sur les relations humaines qui changent à travers l’espace ou le temps ou sur des histoires de leur environnement en utilisant divers mediums.

Galerie Dohyang Lee

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Moussa Sarr


« Fredi La Mouche » 2010

Né en 1984 à Ajaccio, France. DCD le 29 Mars 2018 à Rome à La Villa Medici.
Réincarné le même jour en Narcisse.

Formation :

2012 Le Fresnoy Studio National des Arts Contemporains, France
2007 DNAP, Beaux Arts de Toulon, France (National Superior School of Fine Art)
2009 DNSEP, Beaux Arts de Toulon, France (National Superior School of Fine Art)

« Un scorpion demande à une grenouille de le conduire sur son dos de l’autre côté de la rivière. Il lui promet de ne pas la piquer, car alors, ils couleraient tous les deux. La grenouille accepte. Mais incapable de contrôler sa nature profonde, le scorpion finit par la piquer mortellement affirmant que son geste est irrépressible : sa nature est ainsi » Fable Africaine.

« Lorsque l’âme est agitée, la face humaine redevient un tableau vivant » Guillaume Duchenne de Boulogne

Dans The frog and the scorpion (2012), Moussa Sarr mime la défense et la prédation animale dans un même temps. Il accompagne les mouvements de son corps et de son visage par des sons aussi proches du cri animalier que ceux du kung fu. Sa vidéo est conçue comme un uppercut tant l’image est forte et la mise en scène économe : sans dire une seule parole intelligible, seul face à la caméra, devant un fond neutre, dénué d’accessoires.

Ses vidéos sont de courte durée, sans temps mort. Les images sont immédiatement compréhensibles.

Moussa Sarr construit, oeuvre après oeuvre, une véritable rhétorique des gestes et des expressions.

Celle-ci fait écho aux théories des passions du XVIIème siècle.

Reprenant le Traité des passions de l’âme (1649) de Descartes, Charles Le Brun, alors directeur de l’Académie royale de sculpture et de peinture, réalise plusieurs conférences sur l’expression des passions. Il relie chaque type d’émotion à une réaction physiologique particulière, influençant de manière incontrôlable et prédictible les mouvements du corps et les traits du visage. Les muscles du corps agissent mécaniquement sous l’effet des nerfs, eux-mêmes guidés par le cerveau. S’inspirant des sources historiques comme du théâtre de l’époque (celui de Corneille notamment), La Reine de Perses aux pieds d’Alexandre Le Grand de Le Brun (1660) illustre bien son intérêt pour l’étude de la diversité des expressions humaines. Le corps, les mains et le visage d’Alexandre expriment autant la compassion, la clémence, l’amitié que la civilité. Les corps agenouillés et les visages des femmes perses illustrent une gamme étendue d’émotions, de la supplique à la peur. Dans le contexte de la Contre-réforme catholique, les corps ont pour fonction de frapper les esprits, d’émouvoir et de convaincre par leur éloquence. Au XIXème siècle, le médecin photographe Duchenne de Boulogne publie en 1862 les Mécanismes de la physionomie humaine ou analyse électro physiologique de l’expression des passions.

Dans ces expériences, il utilise la stimulation électrique pour identifier les muscles dont la contraction ou le relâchement créent les mimiques faciales caractéristiques de chacune des émotions.
Dans The frog and the scorpion de Moussa Sarr, la fable peut également s’apparenter à la parabole philosophique renvoyant à une réflexion sur l’individu, son existence au monde et ses peurs.
Elaborant seul ses mises en scène face à un miroir, Moussa Sarr crée des autoportraits renvoyant au statut de l’artiste, à ses questionnements mais également à une forme d’introspection commune à chaque être.

On trouve chez Charles Le Brun une description méticuleuse de l’effroi : « le sourcil s’élève par le milieu ; ses muscles sont marqués et enflés, et baissés sur le nez, qui se retire en haut aussi bien que les narines ; les yeux fort ouverts ; la paupière de dessus cachée sous le sourcil ; le blanc de l’oeil empoisonné de rouge ; la prunelle égarée se place vers la partie inférieure de l’oeil ; (…) les cheveux hérissés ; (…) et le tour des yeux pâle et livide… ».

Fable populaire africaine, Le scorpion et la grenouille possède une morale sombre qui pourrait se résumer ainsi : la bonté n’infléchit pas la perversité car l’instinct (animal) prédomine et le déterminisme est implacable.

Sur le ton du jeu, le recours à l’animal permet aussi d’interroger non sans une certaine gravité la nature humaine, l’inné et l’acquis, la codification des comportements, les relations de force entre les individus pouvant conduire à la violence.

Se jouant des stéréotypes, L’orgasme du singe (2007) ou Corps d’esclaves (2013),deux autres vidéo-performances, témoignent d’un engagement proche du combat social et politique, celui d’un jeune artiste noir né en Corse. Dans l’une, jouant avec les plans rapprochés, l’artiste imite les cris et la gestuelle prétendument liés à la jouissance de l’animal. Dans l’autre, il est attaché en hauteur, entravé par des chaînes, pendant qu’un homme portant des gants de boxe, lui porte des coups. Plus récemment dans la série de photographies Invisible man, Moussa Sarr joue sur la disparition de son propre corps noir dans un vêtement blanc.

Si le spectateur est libre de toute interprétation, les références aux clichés et à l’histoire de la communauté noire l’interpellent et le conduisent à réfléchir sur l’identité, la discrimination, la violence envers l’autre. Dans ses théories, Charles Le Brun a mis en parallèle les traits des hommes et leurs caractères suggérant une forme de déterminisme physique, une prédestination implacable.
Cette méthode, la physiognomonie, théorisée au XVIIème et au XVIIIème siècle, conduit à codifier les caractères en fonction des types physiques et à édicter des stéréotypes du genre humain, un des fondements des préjugés raciaux. Dans cette même perspective déterministe, Le Brun a également théorisé les rapprochements entre les traits humains de ceux des animaux. Charles Darwin le mentionne d’ailleurs dans son introduction de L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux, en 1887.

Mis en scène avec une précision méticuleuse et esthétisante, le corps de l’artiste, l’image de soi, tient une place centrale dans ce combat quasi autobiographique, dans cette fable sociale et politique. Dans ces vidéos, l’homme et l’animal se confondent, tout comme le rire et le malaise : le recours à de courtes vidéo-performances et au détournement des stéréotypes pourraient conduire le jeune artiste à la facilité, mais c’est au contraire sa meilleure arme.
Mélanie Lerat – Conservatrice au Musée des Beaux Arts d’Arras

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Pierrick Sorin

« Le Rangement » 2000

Né en 1960 à Nantes. Vit et travaille à Nantes.

Entre à l’École des Beaux-Arts de Nantes en 1983 puis y obtient en 1988 le Diplôme national supérieur d’expression plastique.

« J’explore deux pistes dans mon travail. La première est guidée par une vision assez pessimiste de la société, exprimée sous une forme humoristique, sans doute pour rendre cette vie absurde plus supportable. La seconde suit une fascination pour la magie visuelle doublée d’une critique ironique pour les artistes qui se prennent trop au sérieux : l’artiste est aussi un amuseur. »

P. Sorin

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Yann Vanderme


« You Broke My Cheese In Two » » 2017

Né en 1979, travaillant à Grenoble, France. Vit et travaille à Paris.

Formation :

2009 M.F.A. / DNSEP – Ecole Nationale Superieure d’Arts de Paris-Cergy (FR)
2004 Exchange programme – Sheffield Hallam University’s Fine Art department (UK)
2003 B.A. / DNAP – Ecole supérieure d’art de Grenoble (FR)

Troublé par l’idée vertigineuse que tout ce qui régit notre vie n’est que le fruit d’une série de hasards, Yann Vanderme cherche sans relâche des façons de déjouer les contingences. Il entreprend alors des séries d’actions dont l’incohérence n’a d’équivalent que l’obstination avec laquelle l’artiste persiste dans son entreprise. Il s’est illustré en s’obligeant durant trois ans à réaliser des activités à 33% : monter la tour Eiffel à 33% ; manifester contre le CPE à 33%, se couper les cheveux à 33% (Faire les choses à 33%, 2006-2009). Modifiant par là les conventions qui dirigent nos façons d’agir – et qui, à bien y penser, ne sont pas moins absurdes que celles qu’il invente – il décide par la suite de faire semblant ; semblant de dormir, de téléphoner dans une cabine, de dire au revoir sur le quai d’une gare (Faire semblant, 2007-2009). Une autre série, dont la distinction n’est pas bien nette avec la précédente, consiste à faire comme si : comme s’il faisait nuit durant trois jours, comme s’il n’avait pas l’heure sur lui, comme s’il avait besoin de spirales pour relier des documents (Faire comme si, 2007-2009).

« Si je fais comme si j’attends quelqu’un à un rendez-vous, ça ne va pas faire exister ce quelqu’un. Mais tu vois, de la réalité je ne peux affecter qu’une petite parcelle, à savoir mon champ d’action. Et c’est dans cette part de réalité qu’une petite part de ce quelqu’un existe alors. »

Ses actions, infimes et réalisées en secret, offrent « la possibilité d’un autre monde à coté du monde visible, et celui-ci est très fortement influencé par celui-là ». Elles créent une autre réalité que celle qui nous est imposée et les photographies et textes qui en résultent sont l’opportunité pour le spectateur d’un retour réflexif sur ses propres modes d’existence.

L’œuvre de Vanderme semble avoir deux déclinaisons distinctes ; l’une prend place au sein de sa vie de tous les jours, l’autre dans l’espace d’exposition.

Mais les fils s’entremêlent, dessinant une trame burlesque attachée à modifier les paramètres de compréhension et d’appréhension de ce qui nous entoure, qu’il s’agisse du contexte dans lequel l’individu se place ou du lieu où l’œuvre se montre.

À Vaskiluoto en Finlande, il restaure une usine de sucre abandonnée, peignant, ponçant, nettoyant, retrouvant les couleurs et la propreté d’antan, mais uniquement sur 13mm de large et 40 mètres de long (13mm de large, 2013).

Au centre d’art Nest à la Haye, il décide de glisser une table de ping-pong dans une gouttière, ce qui nécessita de la découper en tronçons puis de la reconstituer (Ping-pong, 2010).

Au Salon de Montrouge, selon le même renversement de valeurs, il crée une série de vidéos où on le voit s’imposer de vivre des expériences qu’il déteste, comme faire du naturisme, fumer, parler aux inconnus, ou encore monter dans un manège de fête foraine (J’aime pas, 2014).

Ainsi Vanderme avance en équilibre sur une fine frontière où il est aisé de tomber dans le ridicule ; mais cela n’arrive jamais. Son teint pâli par les remous du manège, sa mèche de cheveux anxieuse collée de sueur et son extrême franchise dans le récit hésitant de son expérience terminent de nous convaincre de sa sincérité : « Et là, dit-il, on réalise que ça va être pire ».

Extrait du Texte paru dans le Quotidien de l’art, octobre 2015

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Wermke & Leinkauf


« Die Neonorangene Kuh » 2005

Matthias Wermke:

Né en 1978 à Berlin Est
Vit et travaille à Berlin

Formation.

2005-2009 Rehabilitation sciences and history, Humboldt Universität Berlin
2008-2009 Fine Arts and sculpture, Kunsthochschule Berlin, Weißensee
2005-2011 Painting and sculpture, Marmara University Istanbul
2011 graduate artist and sculpture, Kunsthochschule Berlin, Weißensee
2013 Master class student of Else Gabriel, Kunsthochschule Berlin, Weißensee

Mischa Leinkauf :

Né en 1977 à Berlin Est
Vit et travaille à Berlin

Formation.

2005 assistant director, unit manager, unit production for diverse feature film production, commercials, music clips

2012 Media and Fine Art, Kunsthochschule für Medien Köln (KHM)

« Depuis la moitié des années 1990, les Berlinois Mischa Leinkauf et Matthias Wermke explorent l’espace public au fil de leurs performances.

Leinkauf et Wermke filment leurs performances, qui sont consciencieusement préparées de A à Z.

Aucune explication n’est fournie : c’est au spectateur de découvrir et d’interpréter les scènes.

Dans leurs films, la ville, qu’il s’agit pour eux de s’approprier physiquement, est à la fois décor et protagoniste. Les images sont d’une grande poésie et très profondes malgré leur caractère éphémère (ou peut-être grâce à lui).

Wermke et Leinkauf ont conscience que, pour les besoins de l’image, il faut dépasser certaines frontières. C’est ce respect qui les fait toujours aller de l’avant. »

Arte

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John Wood et Paul Harisson


« Luton » 2001

John Wood né à Hong Kong en 1969
Paul Harrison né à Wolverhampton en 1966
Vivent et travaillent à Bristol UK

“On explore le monde avec nos corps. Ce n’est pas forcément un truc conceptuel. C’est plutôt qu’est-ce qui se passe si j’escalade ce mur? Est-ce que je peux grimper en haut de cet arbre? En devenant adulte”…”on cesse d’explorer le monde de cette façon. Pour nous ça a toujours la meilleure manière de travailler. Observer toutes ces choses évidentes qu’on a arrêté de faire.

Le hic c’est qu’on s’est rendu compte que les enfants pouvaient le faire. Mais s’ils tombent d’un mur, ils rebondissent. Nous si on tombe du mur on se casse un truc » …

“On travaille sur le rectangle formé par l’image, sur ce qui se passe à l’intérieur du cadre et ce qui se passe à l’extérieur, quelles sont les choses qu’il traverse. C’est autant du Samuel Beckett que de la réalisation de films ? » …

“En fait on enquête sur le monde qui nous entoure. On essaye de comprendre comment les choses marchent. On les démonte, on les remet ensemble pour comprendre ce qu’est un être humain qui interagit avec l’architecture et les objets qui l’entourent.

“Toutes” nos “vidéos peuvent être vues comme un seul travail. A la fin quand, on fera notre dernière vidéo, ça formera une encyclopédie de notre représentation du monde”.

Tracks/Arte 30 septembre 2017.

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Brigitte Zieger


© ADAGP
« Shooting Wallpaper » 2006
Née en 1959 en Allemagne
Vit et travaille à Paris, France

« Attention oeuvres piégées ».

Une caractéristique générale des œuvres de Brigitte Zieger est qu’il s’agit d’images piégées, de petits machineries à mettre en question l’attrait et le rôle de l’art, tout en nous rendant celui-ci toujours et encore nécessaire, dans un de ces féconds et insolu- bles paradoxes de la modernité.
SCULPTURES ANONYMES

Systématiquement semble-t-il, le regardeur est attiré, séduit, puis pris au piège de son goût pour de si belles images : une lecture poussée jusqu’au bout révèle en effet une autre face du monde, et derrière les apparences et les apparats de la beauté et de la sérénité apparaissent les signes de toutes sortes de violences. L’intrication des deux niveaux de lecture n’est pas toujours concrétisée de la même manière, il peut s’agir de formes qui en habitent d’autres comme des virus (dans les découpages par exemples), il peut s’agir de points de vues contradictoires (pour certaines sculptures), il peut s’agir de renversements opérés dans le temps d’une vision (pour les vidéos), ou dans la duplicité des signes mis en œuvres (par exemple les jolis scintillements de la série Eye Dust, dus aux paillettes intégrées à l’ombre à paupière utilisée, mais qui figurent aussi des débris de métal incandescents et mortels).

Jamais assurément Brigitte Zieger ne nous laisse regarder tranquilles, sans doute ne l’est-elle guère elle-même, et pour ces deux intranquillités nous lui en savons gré.

Pas question donc pour Brigitte Zieger d’embellir l’espace sans contrepartie. Son jeu semble consister à produire des œuvres d’art parfaitement désirables ( élégance des formes, qualité du dessin, prestance de la présentation, humour, érotisme parfois, subtilité sémantique) mais qui pour autant ne cesseront de rappeler que le monde est une aire d’infinies destructions, aliénations, oppressions…

Une aire où le pouvoir s’exerce partout aveuglement. Des œuvres, donc, qui disent et interrogent notre capacité à accepter l’existence de violences de tous ordres, à ne pas les voir, à garder « les yeux largement fermés».

Philippe Fernandez

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